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- Un géant ferroviaire et des milliers de retraités
- Un régime spécial proche de la fonction publique
- Trente-deux ans de carrière et un départ à 57 ans
- Des conditions de travail de plus en plus difficiles
- Combien touche une retraitée de la SNCF ?
- Indemnité de départ et âge moyen de la retraite à la SNCF
Partir à la retraite avant 60 ans, avec une pension confortable, fait rêver beaucoup de salariés. Pour les agents de la SNCF, ce scénario a longtemps été une réalité grâce à un régime spécial. Mais à quoi ressemble concrètement la retraite d’une ex-salariée de l’entreprise ferroviaire ? À 57 ans, après plus de trois décennies de carrière, Evelyne a accepté de raconter son parcours, son départ et le montant exact de sa pension.
Un géant ferroviaire et des milliers de retraités
Depuis 1938, la SNCF fait partie du quotidien des Français. Elle transporte chaque année des millions de voyageurs, du TER au TGV, et fait vivre toute une famille de métiers : conducteurs, contrôleurs, agents de gare, techniciens… Derrière ces trains qui sillonnent le pays, on trouve aussi une immense communauté de retraités, dont les droits sont encadrés par un régime particulier.
En 2017, la SNCF comptait environ 260 000 retraités, pour près de 150 000 salariés encore en activité. Ce déséquilibre peut surprendre, mais il s’explique notamment par la possibilité, pendant longtemps, de partir plus tôt que la moyenne des autres salariés français. Ce régime spécial a nourri de nombreux débats, parfois des clichés, auxquels le témoignage d’Evelyne apporte un éclairage concret.
Un régime spécial proche de la fonction publique
Les agents de la SNCF bénéficient d’un système de retraite spécifique, assez proche de celui de la fonction publique. Ce dispositif, longtemps considéré comme avantageux, permettait des départs anticipés et un calcul de pension différent de celui du secteur privé. Evelyne, qui a quitté l’entreprise en 2019, a profité pleinement de ces règles avant l’entrée en vigueur de la réforme des retraites de 2023.
Avant son arrivée à la SNCF, elle a travaillé dans la logistique puis dans le commerce. Elle raconte : « Après avoir travaillé dans la logistique puis dans le commerce, j’ai intégré la SNCF à l’âge de 25 ans. J’y ai donc exercé l’essentiel de ma carrière, d’abord en tant que technicienne de la circulation ferroviaire, puis en tant que contrôleuse de train, qu’on appelle entre nous ‘ASCT' ». Sans diplôme, elle a pu évoluer grâce aux opportunités internes et aux nombreux avantages sociaux offerts par l’entreprise.
Trente-deux ans de carrière et un départ à 57 ans
Evelyne est restée à la SNCF de 25 à 57 ans, soit 32 années de carrière. Cette fidélité lui a permis de bénéficier pleinement du dispositif de départ anticipé. Elle explique : « Comme je totalisais plus de 15 ans de service à la SNCF, j’ai donc pu partir à la retraite dès l’âge de 57 ans ». Pour beaucoup de Français, cet âge de départ paraît très bas, surtout depuis le relèvement progressif de l’âge légal de retraite.
Pour toucher une pension à taux plein, sans décote, Evelyne, qui avait le statut d’agent du service sédentaire, devait valider 167 trimestres. Elle a atteint ce seuil après plus de trois décennies à bord des trains et dans les gares. Ce cumul de trimestres et la durée de présence dans l’entreprise ont été déterminants pour le montant final de sa pension.
Des conditions de travail de plus en plus difficiles
Si le départ à 57 ans peut sembler confortable, le quotidien d’Evelyne n’a pas toujours été simple. Elle confie : « Je n’en aurais pas fait un de plus… À la fin de ma carrière, j’étais exténuée par le comportement des voyageurs ». Au fil des années, elle dit avoir constaté une nette hausse des agressions verbales à bord des trains.
Elle ajoute que ses conditions de travail se sont fortement détériorées en une dizaine d’années. Entre la pression, les incivilités et la fatigue, la perspective de la retraite est devenue une véritable bouffée d’oxygène. Son départ n’a donc pas seulement été un choix financier, mais aussi une décision pour préserver sa santé et son équilibre de vie.
Combien touche une retraitée de la SNCF ?
Mère de deux enfants, Evelyne terminait sa carrière avec un salaire d’environ 2900 euros bruts par mois, primes comprises, soit près de 2200 euros nets. En 2019, lorsqu’elle prend sa retraite, sa pension s’élève à 2150 euros bruts mensuels, pour environ 1950 euros nets. Un montant qui reflète la stabilité de sa carrière et la spécificité du calcul dans le régime des chemins de fer.
La grande différence avec le secteur privé se situe dans le mode de calcul : à la SNCF, la pension est déterminée sur la base des six derniers mois de salaire. Dans le privé, c’est la moyenne des 25 meilleures années qui est prise en compte. Pour un agent resté longtemps dans l’entreprise et ayant terminé avec un bon niveau de rémunération, cela peut faire une vraie différence sur le montant de la retraite.
Indemnité de départ et âge moyen de la retraite à la SNCF
Lors de son départ, Evelyne a également perçu une indemnité de départ équivalente à un mois de salaire, soit environ 2900 euros. Ce coup de pouce financier n’est pas accordé à tout le monde : il est réservé aux agents justifiant d’au moins 25 ans de service au sein de l’entreprise ferroviaire. Une manière de récompenser la fidélité et la durée de carrière.
Aujourd’hui, l’âge moyen de départ à la retraite à la SNCF est d’environ 59 ans et sept mois. Cet âge devrait encore augmenter dans les prochaines années, sous l’effet de la réforme des retraites de 2023, qui aligne progressivement certains paramètres des régimes spéciaux sur le régime général. Les futurs agents auront donc, en principe, moins de marge de manœuvre pour partir aussi tôt qu’Evelyne.
Son témoignage illustre bien une réalité : la retraite à la SNCF a longtemps offert des conditions avantageuses, notamment sur l’âge de départ et le calcul de la pension. Mais ces avantages évoluent, et les nouvelles générations d’agents devront composer avec des règles plus strictes. Reste que pour Evelyne, partir à 57 ans avec environ 1950 euros nets par mois représente un équilibre entre effort fourni, usure du métier et qualité de vie retrouvée.

