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Les trajets en TGV deviennent un vrai casse-tête pour les Français. Billets complets des semaines à l’avance, prix qui flambent aux heures de pointe… Derrière ce constat, c’est tout un réseau qui montre ses limites. Pourquoi voyager en train est-il devenu si compliqué ? Analyse des causes de cette situation.
Un réseau ferroviaire sous pression
Essayer de réserver un TGV entre grandes villes relève parfois du parcours du combattant. Même en anticipant plusieurs semaines, il n’est pas rare de tomber sur des trains complets ou des tarifs exorbitants. “On a la chance d’être dans un moment incroyable pour le ferroviaire mais il y a un problème assez majeur qui ne va faire qu’empirer, c’est la crise capacitaire”, alerte Rachel Picard, cofondatrice de Velvet. Selon elle, 5 % des voyageurs potentiels sur certaines lignes comme Paris-Nantes, Bordeaux ou Angers n’arrivent même plus à obtenir de billet.
Depuis 2019, la fréquentation des trains a bondi de 14 % en cinq ans. Si cette hausse est une bonne nouvelle pour l’environnement, elle met en lumière les limites du réseau. Reporterre souligne qu’en octobre 2024, six tronçons étaient déjà saturés et incapables d’accueillir toute la demande pour l’année suivante.
“Il y a encore globalement de la place, mais pas partout. On voit bien qu’il y a des risques de saturation vers Nantes, où le trafic TGV et TER est très dense”, reconnaît Matthieu Chabanel, PDG de SNCF Réseau. Les points de congestion touchent surtout les grandes agglomérations comme Paris, Lyon ou Marseille. Trop de types de trains, trop d’acteurs et des gares anciennes ralentissent le système.
Moins de trains, plus de voyageurs
Le paradoxe est criant. La France exploite en moyenne 43 trains par ligne contre 82 en Allemagne. Le réseau pourrait absorber davantage, mais le manque d’infrastructures et de rames limite la capacité. En 2012, la SNCF disposait de 482 TGV. Aujourd’hui, il n’en reste que 363. Cette baisse s’explique par des choix de rentabilité et des investissements à l’étranger.
“C’est une opération purement comptable absurde qui a mis au rebut une soixantaine de rames qui auraient pu servir encore jusqu’en 2029”, dénonce Pierre Zembri, géographe. Fabien Viledieu, syndicaliste Sud Rail, ajoute : “La SNCF a réduit son parc TGV pour blinder les trains et optimiser son outil industriel, mais c’est l’État qui l’oblige à le faire”. Entre 2015 et 2023, le nombre de TGV a chuté de 20 %, les dessertes en gare de 12 %.
Modernisation et investissements : un long chemin
Sur le papier, les projets ne manquent pas : tunnel sous Marseille, nouvelles lignes à Lyon, voie souterraine à Lille, système ERTMS sur Paris-Lyon… Mais ces travaux demandent des investissements énormes. La filière peine à suivre : Alstom et CAF rencontrent des retards dans la livraison des nouvelles rames à cause du manque de composants, de l’inflation et de la complexité réglementaire.
“Il faut dix à quinze ans pour concevoir, produire, tester et faire homologuer un nouveau train”, rappelle Igor Bilimoff, de la Fédération des industries ferroviaires. L’ouverture à la concurrence complique encore les commandes : les régions passent au compte-gouttes sans plan global. “À l’époque du monopole public, la SNCF gérait toutes les commandes. La vision à long terme qui est nécessaire pour le ferroviaire n’existe plus”, regrette Bérenger Cernon, ex-cheminot et député.
Pour tous les experts interrogés, la situation actuelle ne permet pas de répondre à la demande croissante. “Le choc d’offre tant espéré pour décarboner les mobilités restera lettre morte sans un engagement fort et durable de l’État”, conclut Igor Bilimoff.
Pourquoi voyager en train devient un défi quotidien
Entre trains complets, prix en hausse et infrastructure limitée, les voyageurs français subissent les conséquences d’une gestion délicate du réseau. La saturation touche surtout :
- Les grandes lignes Paris-Nantes, Paris-Bordeaux, Paris-Angers ;
- Les gares des grandes villes comme Paris, Lyon ou Marseille ;
- Les lignes avec forte demande TGV et TER combinée ;
- Les horaires de pointe où les prix explosent.
Alors que la fréquentation augmente, le nombre de rames diminue, les travaux de modernisation s’allongent et l’ouverture à la concurrence fragilise la planification. Voyager en train en France exige aujourd’hui patience et vigilance sur les réservations.
Pour les amateurs de voyages ferroviaires, la situation est frustrante mais pas irrémédiable. Les experts insistent sur la nécessité d’investissements massifs et d’une vision à long terme. Sans ces mesures, le quotidien des voyageurs continuera d’être marqué par des TGV bondés et des prix en constante hausse.
En bref :
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- Rachel Picard, cofondatrice de Velvet, alerte sur la crise capacitaire, affectant 5 % des voyageurs potentiels ;
- Depuis 2019, la fréquentation des trains a augmenté de 14 %, mais le réseau est saturé, surtout vers Nantes, Paris, Lyon et Marseille ;
- L’avenir du train dépend d’investissements massifs et d’un engagement fort de l’État pour moderniser et étendre le réseau.

