Expulser un squatteur en squattant à son tour : que dit la loi sur cette pratique risquée ?

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Face à des délais d’expulsion parfois interminables, certains propriétaires sont tentés de squatter leur propre bien pour déloger un intrus. Cette stratégie, racontée par plusieurs médias, peut sembler séduisante, mais la législation française reste très stricte et expose à de sérieux risques. Tour d’horizon sur ce que vous devez savoir avant de passer à l’acte.

Pourquoi certains propriétaires tentent l’auto-expulsion

En France, un squatteur est quelqu’un qui s’installe dans un logement sans aucun droit ni contrat, totalement à l’opposé d’un locataire en retard de paiement. Face à ce phénomène de plus en plus fréquent, la loi Kasbarian-Bergé prévoit des expulsions plus rapides. En théorie, le préfet peut ordonner aux occupants de quitter le logement sous quarante-huit heures.

Dans les faits, les avocats interrogés par les médias expliquent que ce délai se transforme souvent en trois semaines, selon la complexité du dossier et la situation personnelle du squatteur. Si le préfet refuse d’agir, le propriétaire doit saisir le juge, rallongeant encore le processus. Dans ce contexte, certains songent à des solutions plus directes : entrer chez eux à l’insu du squatteur, changer les serrures, ou profiter de ses absences. Une tentation qui semble naturelle mais qui cache de nombreux pièges juridiques.

Les risques de reprendre son logement soi-même

Les experts restent formels : entrer dans son logement par ses propres moyens est interdit. Casser une serrure ou remplacer un barillet peut être considéré comme une voie de fait. Capital rappelle que ces gestes peuvent entraîner des poursuites pour violation de domicile ou même violences. La première démarche reste donc toujours la plainte officielle auprès des autorités.

Le propriétaire peut récupérer son bien, mais tenter une reprise sauvage peut se retourner contre lui. Théoriquement, il risque les mêmes sanctions que le squatteur : trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. Dans la pratique, peu de squatteurs portent plainte, mais la possibilité existe. Les avocats ne recommandent jamais cette méthode, même si la situation semble bloquée.

Trêve hivernale et droits des squatteurs

Depuis le 1er novembre, la trêve hivernale est en vigueur. Mais contrairement aux locataires précaires, les squatteurs n’en bénéficient pas. Capital précise que l’expulsion reste possible même en plein hiver, car l’occupation sans titre ne donne aucune protection saisonnière. Cette règle surprend souvent les propriétaires qui pensent devoir attendre le printemps pour récupérer leur logement.

Une situation juridique complexe

Entre les délais administratifs, les risques pénaux, la tentation de reprendre les lieux soi-même et la confusion sur les droits et obligations, la situation des squatteurs et des propriétaires est particulièrement délicate. La loi favorise toujours la procédure encadrée, même lorsqu’elle est longue et frustrante. Une certitude reste immuable : squatter son propre logement n’est jamais une solution miracle.

Bonnes pratiques pour les propriétaires

Pour éviter les complications, voici quelques conseils à suivre :

  • Porter plainte dès la découverte du squatteur ;
  • Ne jamais tenter d’entrer dans le logement par ses propres moyens ;
  • Conserver toutes les preuves de propriété et documents administratifs ;
  • Consulter un avocat pour connaître les démarches légales adaptées ;
  • Suivre attentivement la procédure de la préfecture et du juge.

Ces étapes peuvent sembler lentes, mais elles garantissent la protection juridique du propriétaire et évitent des sanctions potentielles.

En résumé

La tentation de récupérer son logement par soi-même peut paraître naturelle face à un squatteur, mais elle expose à des risques pénaux sérieux. La loi impose une procédure stricte, même si elle prend du temps. Les squatteurs n’ont pas de protection particulière en hiver, et tout propriétaire doit passer par les autorités pour agir en toute sécurité. Dans ce contexte, patience et respect des règles restent les meilleures armes pour récupérer son bien sans se mettre en danger.


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