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- Après 65 ans, une protection prévue par la loi
- Des plafonds de revenus à ne pas dépasser
- Relogement obligatoire : le cœur du dispositif
- Un préavis plus long pour protéger le locataire
- L’unique exception prévue par la loi
- Comment faire valoir ses droits concrètement
- Un impact réel sur le marché locatif
- Pourquoi le législateur a fait ce choix
Un chiffre suffit parfois à tout changer dans une vie de locataire : 65 ans. En France, passé cet âge, la loi accorde une protection renforcée aux seniors aux revenus modestes. Résilier un bail ou expulser devient alors extrêmement encadré, voire impossible sans conditions strictes. Contrairement aux idées reçues, cette protection n’est pas automatique. Elle repose sur des règles précises, que propriétaires et locataires doivent connaître pour éviter les litiges.
Après 65 ans, une protection prévue par la loi
La règle ne sort pas de nulle part. Elle est inscrite dans la loi du 6 juillet 1989, plus précisément à l’article 15. Ce texte protège les locataires seniors dès lors qu’ils ont atteint 65 ans et disposent de ressources limitées.
Dans ce cas, le propriétaire ne peut pas donner congé librement. Ni pour vendre le logement, ni pour y habiter lui-même, ni même pour refuser le renouvellement du bail. Sans solution de relogement adaptée, le congé est tout simplement invalide.
Des plafonds de revenus à ne pas dépasser
La protection dépend directement du niveau de revenus. En 2024, les plafonds pris en compte sont les suivants :
- 26 687 € par an en Île-de-France ;
- 23 201 € par an dans le reste de la France métropolitaine ;
Ces montants correspondent au revenu fiscal de référence. À noter : si le locataire héberge une personne à charge remplissant ces conditions d’âge et de ressources, la protection s’applique également à l’ensemble du foyer.
Relogement obligatoire : le cœur du dispositif
Le principe est simple : pas de relogement, pas d’expulsion. Si un propriétaire souhaite malgré tout donner congé, il doit proposer un logement de remplacement.
Ce logement doit respecter plusieurs critères :
- être situé à proximité du logement actuel ;
- présenter un confort équivalent ;
- avoir un loyer compatible avec les ressources du locataire ;
En cas de désaccord, le juge peut être saisi pour vérifier si la proposition respecte bien la loi. Un relogement jugé inadapté suffit à annuler la procédure.
Un préavis plus long pour protéger le locataire
Autre conséquence directe de cette protection : le délai de préavis est allongé. Au lieu des trois mois habituels, le propriétaire doit respecter un préavis de six mois.
Ce délai supplémentaire permet au locataire âgé de s’organiser, de chercher un logement adapté ou d’engager les démarches nécessaires en cas de litige.
L’unique exception prévue par la loi
Il existe toutefois une exception, rare mais bien réelle. Si le propriétaire est lui-même âgé de plus de 65 ans et dispose de revenus inférieurs aux mêmes plafonds que ceux exigés du locataire, il peut donner congé sans obligation de relogement.
Le législateur a ainsi voulu éviter qu’une personne âgée et modeste se retrouve elle-même en difficulté face à un dispositif trop rigide.
Comment faire valoir ses droits concrètement
La loi ne s’applique pas automatiquement. Le locataire doit prouver son âge et ses ressources, notamment en fournissant un avis d’imposition.
En cas de tentative d’expulsion abusive, plusieurs recours existent :
- saisir la commission départementale de conciliation ;
- engager une procédure devant le juge ;
Si le bailleur ne respecte pas ses obligations, le congé est considéré comme nul. Le bail se poursuit alors dans les mêmes conditions.
Un impact réel sur le marché locatif
Cette protection des seniors joue un rôle stabilisateur sur le marché. Elle limite les ruptures brutales de logement à un âge où les déménagements deviennent plus difficiles.
Certains propriétaires expriment toutefois des inquiétudes, notamment dans les zones tendues. Ils redoutent une rigidité excessive qui freinerait la mise en location. Pourtant, les chiffres montrent que les locataires âgés sont souvent plus stables et plus respectueux des baux.
Pourquoi le législateur a fait ce choix
Perdre son logement après 65 ans, ce n’est pas seulement changer d’adresse. C’est souvent perdre ses repères, son réseau, parfois son autonomie. Face à des retraites modestes et des loyers en hausse, la loi a choisi de protéger les plus fragiles.
Comme le rappelait le Défenseur des droits, il s’agit d’un véritable consensus social visant à garantir dignité et stabilité aux personnes âgées.
Après 65 ans, l’expulsion n’est donc plus une fatalité. Sous conditions, la loi devient un bouclier. Encore faut-il connaître ses droits et savoir les faire valoir au bon moment.

