Il réclame 10 530 € à ses locataires, mais coup de théâtre : la justice le condamne à verser 12 800 €

Afficher les titres Masquer les titres

Un propriétaire persuadé d’avoir affaire à des locataires mauvais payeurs, des loyers impayés qui s’accumulent, une procédure en justice lancée pour récupérer son dû… Tout semblait joué d’avance. Pourtant, dans cette affaire relayée par Le Figaro, le scénario s’est totalement retourné : non seulement le bailleur n’a pas obtenu ce qu’il réclamait, mais il a été condamné à verser 12 800 € à ses anciens locataires. Une décision qui rappelle qu’un logement doit être irréprochable pour être loué, surtout lorsqu’il s’agit d’une famille.

Un studio de 26 m², un couple… puis une famille de quatre

L’histoire commence en 2020, lorsqu’un bailleur remet en location un studio de 26 m² en région parisienne pour un loyer mensuel de 800 €. Sur le papier, tout est en règle : un couple emménage, le bail est signé et les paiements suivent normalement pendant de longs mois. Rien ne laisse présager le bras de fer judiciaire qui va suivre.

Après environ dix-huit mois, la situation se dégrade brutalement : les loyers cessent d’être réglés. Au fil des mois, l’ardoise grimpe pour atteindre près de 10 530 € de loyers impayés. Face à cette dette, le propriétaire décide d’activer la clause résolutoire du bail, un mécanisme qui permet de résilier le contrat lorsque les sommes dues ne sont pas payées dans les délais légaux. Le juge constate effectivement que la dette n’a pas été apurée dans les temps.

Le bail est alors rompu et les locataires deviennent, juridiquement, des occupants sans droit ni titre. À ce stade, le propriétaire pense avoir obtenu gain de cause. Mais c’est précisément à ce moment que l’affaire prend une tournure inattendue, car un autre volet du dossier va venir tout bouleverser.

Des conditions de vie jugées indignes dans le logement

Devant la justice, les locataires ne se contentent pas de se défendre sur la question des loyers impayés. Ils demandent aussi que leurs conditions de vie dans ce studio soient examinées. L’avocat du bailleur explique alors que celui-ci exige toujours une fiche de renseignements – non obligatoire – avant chaque location. Dans ce document, le logement était prévu pour un couple sans enfant.

Dans la réalité, la situation était bien différente : la famille vivait à quatre dans ce studio de 26 m², avec en plus un troisième enfant à naître. Autrement dit, le logement était clairement trop exigu pour cette composition familiale. Et ce n’était pas le seul problème. Dès 2021, la CAF avait été alertée sur l’état du logement et avait diligenté une expertise pour vérifier sa conformité.

Les conclusions sont lourdes pour le propriétaire : surface insuffisante par rapport à la taille de la famille, absence de véritable ventilation, traces d’humidité et défauts manifestes sur l’installation électrique. Autant d’éléments qui font basculer le dossier. L’organisme considère que le logement porte atteinte à la jouissance normale des occupants et impose la réalisation de travaux.

Constatant que ces recommandations n’ont pas été suivies d’effet, la justice estime que le bailleur n’a entrepris aucune démarche sérieuse pour remettre son bien en conformité. Résultat : il est condamné à verser 12 800 € d’indemnisation à ses anciens locataires au titre du préjudice subi. Le propriétaire, lui, invoque la mauvaise foi des occupants, mais cela ne suffit pas à effacer ses manquements.

Une dette de loyers compensée par les indemnités

Au moment où le juge rend sa décision, la dette de loyers des locataires atteint 11 552 €. Après déduction des aides au logement qui n’avaient pas été perçues, il reste finalement 6 576 € à la charge des occupants. Sur le papier, ils doivent toujours de l’argent au propriétaire.

Mais l’indemnisation de 12 800 € change complètement la donne. En pratique, le solde final bascule en faveur des locataires, avec un différentiel de plus de 6 000 €. Cette somme, théoriquement, aurait dû être payée par le bailleur à la famille en réparation du préjudice de jouissance. Une issue pour le moins surprenante pour un propriétaire qui pensait, au départ, récupérer uniquement des impayés.

Dans les faits, pourtant, le bailleur n’a jamais eu à sortir cette somme de sa poche. Les anciens occupants auraient dû quitter les lieux immédiatement après la résiliation du bail, ce qu’ils n’ont pas fait. Ils ont continué à occuper le studio sans payer de nouveaux loyers. Ces mois d’occupation illégale ont généré de nouvelles sommes dues, qui sont venues compenser les indemnités décidées par la justice.

Au final, les arriérés de loyers et l’indemnisation se sont en quelque sorte annulés. La famille, elle, a fini par être expulsée du logement. Après cette expulsion, elle a pu obtenir un logement social, plus adapté à sa situation et à la taille du foyer.

Ce que cette affaire rappelle à tous les propriétaires et locataires

Cette histoire illustre un point essentiel : louer un logement ne se résume pas à encaisser des loyers. Le bien doit respecter des critères minimaux de confort, de sécurité et de salubrité. Si ces obligations ne sont pas remplies, le propriétaire s’expose à des sanctions, même en présence de locataires qui ne payent plus.

Pour les locataires, cette décision montre qu’il est possible de faire valoir ses droits lorsque le logement est trop petit, mal ventilé ou dangereux sur le plan électrique. Signaler la situation à des organismes comme la CAF ou aux autorités compétentes peut déclencher des contrôles et aboutir à des réparations… voire à des indemnités en cas de préjudice confirmé.

Pour les bailleurs, le message est tout aussi clair : mieux vaut s’assurer que le logement est conforme, surtout lorsqu’une famille avec enfants y vit. Des travaux de mise en conformité peuvent sembler coûteux sur le moment, mais ils évitent des condamnations financières bien plus lourdes. Dans cette affaire, le propriétaire, persuadé de faire valoir ses droits, a découvert que la justice peut aussi rappeler les siens.

Au bout du compte, ce cas rappelle que la relation propriétaire–locataire repose sur des obligations réciproques. Payer son loyer, entretenir son logement, respecter la loi, signaler les problèmes : chacun a sa part de responsabilité. Et quand un dossier arrive devant le juge, ce n’est pas toujours celui qui attaque qui finit gagnant.


Faites passer le mot en partageant !