Afficher les titres Masquer les titres
Pendant des années, l’application Kard s’est imposée comme une solution pratique pour gérer l’argent de poche des adolescents. Une carte, une appli, quelques clics, et les jeunes pouvaient payer leurs achats sous l’œil de leurs parents. Mais depuis la mise en liquidation de la société qui porte ce service, des familles découvrent avec stupeur que les économies de leurs enfants sont devenues inaccessibles, sans véritable explication. Incompréhension, colère et sentiment de trahison se mêlent désormais à ce qui ne devait être qu’un simple outil du quotidien.
Des parents découvrent que le compte de leur ado est vide
A la mi-novembre, plusieurs parents ouvrent l’application Kard comme d’habitude pour vérifier le solde de leur enfant. Mais cette fois, plus rien. Les dizaines, parfois les centaines d’euros patiemment versés mois après mois ont tout simplement disparu de l’écran. C’est ce qui arrive à Sophie, entrepreneure et mère de famille, qui raconte sur LinkedIn avoir constaté que plus de 200 euros versés à son fils sur Kard s’étaient volatilisés, sans trace ni notification.
C’est une amie, Lydie, qui l’alerte en premier. Elle aussi vient de faire une découverte amère : les 300 euros d’économies de son fils, mis de côté Noël après Noël, n’apparaissent plus nulle part sur l’application. Face à ce constat, la panique s’installe. Les deux mères fouillent l’appli, cherchent une information, un message, un mail expliquant la situation. Rien ne vient. Les comptes semblent simplement réduits à zéro, comme si l’argent n’avait jamais existé.
Une faillite annoncée… mais pas aux utilisateurs
En creusant, Sophie tombe sur un article de presse spécialisée : la start-up derrière l’appli Kard a été placée en liquidation judiciaire le 11 septembre. Les clients auraient dû retirer leur argent avant le 11 novembre, sous peine de le voir bloqué. Problème : beaucoup d’entre eux affirment n’avoir jamais été prévenus. Ni mail, ni SMS, ni message d’alerte dans l’application.
Sophie ne cache pas sa colère : « Immense blague, car nous n’avons jamais été prévenus de rien. Pourtant, ces gens ont notre mail, notre numéro de téléphone. Ce n’était pas compliqué d’appeler ? » Elle s’interroge aussi sur le sort de toutes les familles qui n’ont pas le réflexe de lire la presse économique ou de surveiller les annonces des tribunaux de commerce. Pour elles, la découverte se fait au pire moment : au moment où l’adolescent veut utiliser sa carte ou vérifier son argent de poche.
Dans les commentaires en ligne et les témoignages adressés à la presse, le scénario se répète : solders à zéro ; virements récents qui n’apparaissent pas ; opérations introuvables ; historique tronqué ; service client impossible à joindre. Une partie des parents découvre même l’existence de la liquidation en tapant simplement « Kard problème » sur un moteur de recherche. Le choc est d’autant plus grand que la société revendiquait plus de 200 000 utilisateurs dans le monde, en majorité des mineurs.
Où est passé l’argent des enfants ?
Face à la disparition de leurs économies, une question s’impose : où se trouve réellement l’argent des enfants ? Beaucoup de parents s’imaginent devoir s’embarquer dans un marathon administratif, entre lettres recommandées au liquidateur, justificatifs à fournir et procédures obscures. Sophie redoute déjà un parcours semé d’embûches pour récupérer ces quelques centaines d’euros qui, pour un adolescent, représentent souvent des années d’étrennes, de cadeaux de famille et de petits travaux.
Officiellement, les fonds ne sont pas censés être « perdus ». L’activité de paiement de Kard reposait sur un partenaire bancaire : une filiale du Crédit agricole, chargée de sécuriser l’argent placé sur les comptes. Cette structure a assuré qu’elle prendrait en charge le remboursement des utilisateurs, à condition que ces derniers se signalent et fournissent les informations nécessaires. En clair : les sommes seraient protégées, mais la procédure pour les récupérer ne va pas de soi pour le grand public.
Pour des parents déjà inquiets, cette réponse reste très théorique. Ils doivent désormais :
- retrouver leurs identifiants ;
- rassembler les preuves de virements et de rechargements (relevés, captures d’écran) ;
- suivre les consignes de la filiale du Crédit agricole, souvent via un formulaire ou une adresse mail dédiée ;
- patienter sans savoir à quel délai s’attendre pour voir l’argent revenir sur leur compte.
Une communication jugée défaillante et une confiance brisée
Ce qui ressort des témoignages, c’est d’abord un immense sentiment de manque de respect. Les parents ne contestent pas qu’une entreprise puisse faire faillite. Ce qu’ils reprochent à Kard, c’est d’avoir laissé leurs clients dans le flou le plus complet, alors même qu’il s’agit d’argent appartenant à des mineurs. Beaucoup parlent d’une communication quasi inexistante, limitée à des messages techniques ou à des mentions légales peu visibles.
Derrière cette affaire, c’est la confiance dans les nouvelles fintech qui se trouve ébranlée. Kard se présentait comme une solution pédagogique pour apprendre aux ados à gérer leur argent. Au final, les familles ont l’impression inverse : sentiment d’abandon, impression d’avoir été tenues à l’écart, peur de s’être fait avoir. Les parents qui cherchaient à responsabiliser leurs enfants sur l’argent se retrouvent à devoir leur expliquer pourquoi leur tirelire numérique est, pour l’instant, inaccessible.
Ce que les familles peuvent retenir de l’affaire Kard
L’épisode Kard rappelle que, derrière une appli colorée et une carte sympa, il y a des règles juridiques et des montages techniques que les familles ne voient pas. Avant d’ouvrir un compte à son enfant, il peut être utile de vérifier quelques points simples : qui se cache derrière le service ; quel partenaire bancaire est utilisé ; comment l’argent est protégé ; quelles sont les procédures prévues en cas de faillite ou de blocage.
Pour les parents concernés, la priorité reste évidemment de récupérer l’argent de poche des enfants en suivant les démarches annoncées par la filiale du Crédit agricole. Mais beaucoup ressortiront de cette histoire avec une conviction : même pour une simple carte pour ado, il ne s’agit jamais d’un « jeu ». L’argent, même en petit montant, mérite des explications claires, des alertes en temps utile et une transparence que beaucoup n’ont pas retrouvée dans cette affaire.
Au final, la chute de Kard laisse un goût amer : celui d’une promesse de modernité qui se termine par des comptes à zéro et des familles désemparées. Reste à espérer que cette mésaventure servira de leçon, autant aux acteurs de la finance numérique qu’aux parents, pour que l’argent des jeunes ne se volatilise plus derrière un simple écran d’application.

